vendredi 13 octobre 2017

Margrethe Vestager, commissaire européenne

Margrethe Vestager, « dame de fer de Bruxelles » et bête noire de la Silicon Valley

Cette femme politique danoise s’est fait connaître en combattant notamment les géants du Web à la Commission européenne...
      
La commissaire européenne Margrethe Vestager le 7 décembre 2016 à Bruxelles

Elle est surnommée la « dame de fer de Bruxelles ». Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, est l’une des principales personnalités de l’exécutif de l'Union européenne mais reste peu connue en France. C’est dommage car elle représente le type de politique qui ne transige pas sur l’application de la législation européenne.

Elle réclame 13 milliards d’euros à Apple
A l’été 2016, l’UE demande à Apple de rembourser plus de 13 milliards d’euros à l’Irlande, où l’entreprise californienne a installé son siège européen en 1980. En effet, l’État irlandais ne soumettait pas l’entreprise au taux d’imposition sur les sociétés (déjà plutôt avantageux, à 12,5 %), mais à un taux bien moindre, et ce depuis 1997.

L’information est fort mal reçue dans la Silicon Valley. Le patron d’Apple se répand dans la presse contre « une décision politique basée sur aucun fait ni aucune loi ». (ce qui est une contre vérité). Avec cette sanction historique, la quadra Danoise est mise en lumière et fait la une des médias.

Le Bureau européen des unions de consommateurs (le BEUC) salue son courage : «Elle n'a pas peur de l'industrie, elle ne se laisse pas influencer par les lobbies d'arrière-garde. Almunia, son prédécesseur, était tout près de valider un accord à l'amiable avec Google, malgré l'insuffisance patente des changements de pratiques proposés par l'entreprise. » Comme l'a noté Frank Montag, expert mondial du cabinet Freshfields, « elle a une formation en économie, elle va directement au but, très à l'aise. Elle parle aisément sans note. »

Nommée commissaire européenne en novembre 2014, elle intervient dans le domaine du pénal, sanctionnant les abus de position dominante, les cartels, les aides d’État jugées abusives ou illégales (comme celle accordée par Dublin à Apple), validant ou stoppant certaines fusions-acquisitions. 


Margrethe Vestager, alors ministre de l'
Éducation, en novembre 2000, avec l’américain Richard W. Riley à Washington.

Un combat de longue haleine s’engage alors, pas toujours couronné d’un succès immédiat bien sûr car le chemin est long et semé d’embûches : le fisc irlandais n’a toujours pas réclamé son dû à Apple, dix mois après la date butoir fixée par Bruxelles. Mais Margrethe Vestager ne s’avoue pas vaincue. « Elle est opiniâtre et déterminée », souligne le commissaire européen Pierre Moscovici, qui travaille au même étage qu’elle à Bruxelles.

Sa notoriété s’est traduite par exemple par l’ouverture d’un compte Twitter parodique qui représente la commissaire européenne sous les traits d’une reine viking en croisade contre la fraude et l’évasion fiscale, et la surnomme la « reine d’Europe ».
Il faut dire que son tableau de chasse est impressionnant : elle a sommé Amazon de rembourser 250 millions d’euros d'« avantages fiscaux indus » au Luxembourg, a infligé une amende de 2,42 milliards d’euros pour abus de position dominante à Google (un record pour l’UE) et a sanctionné cinq entreprises européennes membres du « cartel des camions » ou encore le groupe russe Grazprom.

« Elle répare et je prépare », commente Pierre Moscovici. A elle la traque secrète des entorses aux règles de la concurrence, à lui la préparation d’une « législation européenne future qui évitera de tels abus ». Un tandem de choc  qui dépoussière l’image de l’institution européenne.

Nommée ministre à 29 ans
A 49 ans, Margrethe Vestager a une carrière politique d’une trentaine d’années à son actif. Fille de pasteurs, elle devient ministre de l’Éducation et des affaires ecclésiastiques du Danemark à seulement 29 ans. Neuf ans plus tard, elle prend la tête du parti social-libéral danois (RV). Puis elle devient ministre de l’Intérieur et de l’Économie à 43 ans.

           
Margrethe Vestager et Helle Thorning
L'actrice danoise Sidse Babett Knudsen dans la série Borgen


Elle a inspiré la série Borgen
Son ascension politique a inspiré le personnage principal de la série à succès Borgen à son scénariste Adam Price. Sidse Babett Knudsen, l’actrice qui l’incarne a d’ailleurs suivi Margrethe Vestager lorsqu’elle était ministre de l’Intérieur et de l’Économie pendant une journée pour mieux cerner le rôle qu’elle devait interpréter.

             
       La reine du tricot                                      En visite au Portugal 


Fan de tricot, elle transporte ses aiguilles et ses pelotes avec elle, même dans son bureau à Bruxelles. « Il paraît que vous tricotez volontiers, » lui demande-t-on dans une interview. Elle exhibe celui qu’elle a commencé et répond : « Oui, en déplacement, ou même en réunion, quand je ne dois pas prendre la parole ou animer. J'écoute très bien quand je tricote. Certains griffonnent, moi je tricote. »

Son collègue le commissaire et ancien ministre Pierre Moscovici commente : « C’est une collègue très agréable, qui ne manque pas d’humour ». S’il fait bon travailler avec elle, elle n’en demeure pas moins « précise, ferme, très sereine. Elle représente bien le Danish way of life (l’art de vivre à la danoise) : elle est directe, simple et calme ».



Des moments difficiles, elle en connaîtra à ce poste si exposé. Elle va sans doute subir la pression de la France et de l'Allemagne pour tenter de réguler en amont les grandes plates-formes Internet. Si Margrethe Vestager se montre intransigeante envers Google, elle sera fortement critiquée par les Américains. Mais si elle se montre trop accommodante, on l'accusera d’être beaucoup trop bienveillante.
Le quotidien d'un commissaire européen.


< • Christian Broussas – M. Vestager - 12/10/2017 -© • cjb • © >

mercredi 11 octobre 2017

Le pianiste Thelonious Monk

Référence : Pianiste de jazz, chef d’orchestre et compositeur américain (1917, Rocky Mount – 1982, Englewood)

          
Thelonius Monk au Minton’s Playhouse de New-York en 1941 et en 1968

Trois caractéristiques définissent Thelonious Monk : il fut un compositeur brillant, un musicien hors-norme et un homme énigmatique.
Sur le plan musical, il se distingua de ses contemporains par une approche très personnelle de la structure, du temps et de l’harmonie qui en font l’un des musiciens et compositeurs à l’origine du jazz moderne.

Il créa rapidement son propre groupe, un quartet au lieu du big band à la mode à cette époque et découvre le style « be bop » et les vertus de l’improvisation qui va largement influencer le jazz moderne.
C’est en 1944 qu’il sortit sous le label Blue Note, des morceaux qui deviendront vite des standards, tels que Blue Monk , Straight, no Chaser, Well You Needn’t , et surtout Round Midnight .

           
Thelonius Monk & Miles Davis en 1958        Album "Alone in San Francisco"


Thelonious Monk possède un jeu de piano déroutant, refusant la virtuosité, jouant sur les ruptures de rythme et les dissonances, jouant d’un seul coup un groupe de notes. On lui trouve un style personnel et haché qui attire des musiciens comme Charlie Parker ou Dizzie GillespieCe style personnel et haché attira les meilleurs musiciens de l’époque, comme Miles Davis qui déclarait non sans ironie : « Son utilisation de l'espace dans les solos, sa manipulation d'étranges progressions d'accords m'étourdissaient, me tuaient. Je me disais toujours : ‘Mais qu'est-ce qu'il fout ce con ? »

Il faudra attendre la fin des années cinquante pour qu’il commence à recevoir une reconnaissance internationale aussi bien de la part des musiciens que des critiques. Son groupe, le Thelonious Monk Quartet, dont fait partie le saxophoniste John Coltrane, atteignit enfin le succès, et lui-même fit alors la couverture de Time Magazine.

Il fut baptisé grand prêtre et prophète du « be bop », ce qui ne lui plût guère. Il se retira alors du monde de la musique au début des années 1970 jusqu'à sa mort en 1982 et passa les six dernières années de sa vie loin de la musique de jazz, se réfugiant chez sa bienfaitrice, mécène du jazz moderne, la baronne Pannonica de Koenigswarter, fille de lord Charles Rothschild.
      
Thelonious & Nellie Monk avec John Coltrane

 

Thelonious Monk : chronologie succincte

1944- 47 : Premier enregistrement comme pianiste de Coleman Hawkins puis premier enregistrement sous son propre nom pour le label Blue Note

1954 Première tournée à Paris
1962-64 : Signe avec le label Columbia Records et fait la couverture de Time Magazine
1973 Retraite soudaine de Monk du monde de la musique

Thelonious Monk : principaux enregistrements
1947 "Genius of Modern Music : Volume 1"
1954 "Monk"
1955 "Thelonious Monk plays Duke Ellington"
1956 "Brilliant Corners"
1962 "Monk’s Dream"
1966 "Straight, no Chaser"

Voir aussi
* Ses albums Underground et Alone in San Francisco --

* Thelonius Monk joue avec John Coltrane : Monk-Coltrane --

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